“La grande qualité de ce disque est d’offrir enfin un programme cohérent entièrement consacré à Sandor Veress, et, au-delà de la première mondiale que constitue l’enregistrement du Quatuor à cordes n°2, de présenter probablement la meilleure lecture du Trio à cordes[…] Que ce disque émane de musiciens français reste une surprise inattendue, tant les membres de l’ensemble Des Equilibres (au nom fort bien choisi, car dans ce groupe à géométrie variables les cordes au moins, à en juger par le présent disque, se disputent à égalité la vedette dans un équilibre qui les désigne tous comme des solistes de premier plan) sont habités par l’esprit de ce compositeur de Transylvanie ayant acquis tardivement (en 1992, trois mois avant sa mort) la nationalité suisse.
[…] L’enregistrement est ici d’une clarté absolue (tant qu’on y entend par instant la respiration des instrumentistes), ce qui flatte la subtilité rythmique de la composition [ …]
On doit à Agnès Pyka, cheville ouvrière de l’ensemble Des Equilibres et premier violon du trio et quatuor […] l’exhumation du Quatuor n°2 de Veress, créé à Paris en 1937 […] Sans avoir la partition sous les yeux, il semble que l’alto […], dans sa position centrale, soit particulièrement bien servi par l’andante en grisaille dont se dégage une véritable invention mélodique que relaie la déploration du violoncelle (tout du long, et dans les plages suivantes encore, remarquable […]), avant que les cordes aiguës à leur tour n’entonnent de déchirants thrènes, effilochés en harmoniques. ..
[…] Les voilà, plus investis encore dans l’Allegro molto où résonnent les inoubliables percussions sur le bois, partie intégrante du jeu [ …] Le traitement des rythmes, qui ne marquent jamais d’arrêt, mais swinguent entre slaps et pizzicati est époustouflant, jusqu’aux épisodes en sourdine ; les oppositions d’attaque dessinent un univers fascinant de subtilité dans leur distribution, haletant et d’un intérêt qui ne se tarit jamais, jusqu’à la liaison finale du retour de l’atmosphère élégiaque et de la reprise virtuose du presto fantastique, dont les derniers accords piqués se combinant aux percussions digitales laissent véritablement sans voix !”
ZIBELINE – Novembre 2011 – Jacques Fréschel – France